Les cendrières en Picardie  (1753-1910)


L'histoire des cendrières est un élément important du patrimoine culturel de notre région,

à la fois par sa durée, 150 ans, et par le nombre de communes concernées.

L'histoire des cendres noires est très liée au développement de l'agriculture scientifique

ainsi qu'à celui de l'industrie chimique.

Il est surprenant qu'il n'y ait eu aucun travail historique à ce sujet.

Cette lacune est sans doute liée au fait que la mémoire qui subsiste encore un peu dans certaines familles

ou certains lieux-dits, est en train de disparaître. C'est ainsi que dans des

communes où existe un lieu-dit « La Cendrière », les habitants ne savent plus ce que c'était.

Je vais donc faire le point sur toutes les connaissances acquises dans une brève synthèse,  en

espérant que cela suscitera des vocations locales qui permettront d'élargir et d'approfondir ces connaissances.


La découverte des cendres noires :


Dans son chapitre « Houille », l'Encyclopédie Diderot raconte longuement

l'histoire de cette découverte et des premières expériences qui l'ont

accompagnée.  Elle cite particulièrement le sieur Gouge, auteur en 1761,

d'un rapport à la Société royale d'agriculture de Laon. Gouge, qui en est

le président, indique : « il n'y avait jusqu'à présent que trois sortes d'engrais :

le fumier, la marne et la chaux.

Il y en a cependant une quatrième qui a des effets miraculeux : ce sont les cendres ».

Dans ce rapport conservé aux archives départementales, on apprend que, depuis 1745,

les cultivateurs picards importaient de Hollande des  « cendres de mer » : il s'agit

de cendres de tourbe, qui faisaient le chauffage ordinaire des Hollandais.

Ce commerce était florissant, et, après avoir aussi utilisé des cendres

de tourbe de Picardie produites dans la région d'Amiens, on chercha

une autre matière propre à être réduite en cendres. On se souvint alors

de recherches faites par le seigneur de Beaurains, près de Noyon, en 1735.

Faisant creuser un puits, il avait cru trouver du charbon de terre. Il fit alors

venir des mineurs d'Anzin où venait de commencer l'exploitation de ce

charbon. Mais, ces recherches furent infructueuses : ce n'était pas du

charbon, et on appela ce minerai terre-houille. De plus, l'exploitation était

difficile à cause de l'envahissement par l'eau. En 1753 on reprit l'étude

de cette terre-houille, en la faisant brûler et en la faisant étudier par

l'académie qui la jugea supérieure à celle de Hollande et d'Amiens .

Les laboureurs en firent rapidement des essais pratiques sur leurs

champs et leurs prairies. Ainsi dès le début, essais pratiques et analyses,

avec les moyens de l'époque, se complétèrent pour tenter d'améliorer la

production agricole.

Dès le début aussi le mot « cendres » s'impose :

Au commencement, on distingue « cendres » et « terre-houille crue ».

Mais, dans le langage courant, le mot « cendres » désigne aussi le minerai lui-même,

simplement réduit en poudre.

Un deuxième aspect de cette découverte est décrit par L'Avant Coureur

de 1764. On a découvert entre Suzy et Cessières une terre combustible

qui brûle d'elle-même et sans y mettre le feu.

Ce phénomène d'inflammation spontanée, qui sera expliqué plus tard,

donne des cendres de couleur rouge, en effet, une partie du fer est passée à l'état

de pyroxyde. On distingue au XIXème “siècle des  « cendres noires » qui n'ont pas subi

l'action du feu, c'est l'ancienne « terre-houille crue »,  et des « cendres rouges »

qui ont subi l'action du feu, volontairement ou non.


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